Arnold en Belgique 4/*

Episode quatre des chroniques d'Arnold au plat pays, propos tenus par notre journaliste inconnu sur le concert au Bateau Ivre suivi de l'after bruxelloise…Les membres du groupe déclinent toutes responsabilités envers les faits ci-dessous relatés…

21h34

Manu, qui a organisé cette micro-tournée pour Arnold installe une caisse de fortune face à l'entrée. Professionnelle ! CD, flyers en tas dispersés, volontairement déstructurés, on est pas dans un rayonnage de supermarché. Indication tarifaire, la PAF sera de 4€, PAF c'est pour participation aux frais, en fait c'est pour payer les musiciens sauf que ça sonne associatif, participatif, chacun y va de sa petite pièce … Enfin chacun … Encore faut-il que ce chacun, entrant dans le bar, malgré le placement stratégique de Manu, frontale à la porte, voit son regard capturé lui qui, quidam égaré, venait boire sa Jup (Jup pour Jupiler), rejoindre des potes, voir le groupe d'après, écouter un groupe gratos mais en tout cas assurément pas écouter Arnold à 4 € la PAF, même si ça sonne communiste … Manu lutte, ils semblent coûter ces 4 €, en tout cas bien plus que lorsqu'on les boit !

Troupeau dans l'escalier, ils se sont enfin changés, concert peut commencer.


Ellipse


23h01

Après ce que j'avais vu la veille, je n'imaginais pas vraiment récupérer un chanteur torse nu, suant les bières que les barmans lui avaient offertes tout au long du concert et me gratifiant d'une accolade franche, virile soit mais serpillère … J'imagine que c'est une façon de me faire entrer dans la meute. En tout cas ma chemise ressemble au Saint Suaire et le christ y a des airs de Bernard Lavilliers. Direction le bar pour terminer les tickets conso des musiciens, la scène a été vidée en 5 minutes chrono, un DJ avec danseur, les "Doubitchou" doivent prendre la place, le nom me laisse circonspect.

23h22

Alors que le DJ commence à lancer du Yeddish de dancefloor et que deux danseurs s'essayent, en costume de fête manouche, à quelques pas de danses "authentiques" mais scolaires, je capte quelques bribes de discussion au bar entre Félix le batteur et un des barmans, il y est question de carrure de catcheur, de musculation, de patrimoine génétique. Il semble que son numéro de fin de concert tout d'un marcel vêtu ait impressionné par sa carrure notre hôte, regards amusés des autres musiciens, pour une fois qu'il se trouvait une groupie… L'ambiance s'échauffe, monte d'un cran, j'apprends que la soirée commence juste, nous sommes attendus à une soirée d'anniversaire à Bruxelles. La colocatrice d'Hadrien, le bruxellois, qui tient la chambre d'hôte dans leur immense barraque bruxelloise fête ses 30 ans avec toutes ses ami(E)s "horeba" et ce simple mot semble électriser l'ambiance ! J'apprends que "horeba" est la contraction de "hôtel restaurant bar" et les "horeba" sont donc une fantasmée troupe de jeunes femmes dans la fleur de l'âge officiant dans les milieux de la nuit bruxelloise à des postes stratégiques et exposés tels le service en salle ou la tenue d'un bar.

On ne se désarticulera pas au son du Klezmer, le groupe a envie de rock'n roll mais plus vraiment sur la scène !

Retour éclair sur Bruxelles, on vide le C15 chez Hadrien et on repart vers le centre de Bruxelles. Petites crasses entre amis, décision de ne pas attendre la deuxième voiture, histoire de ne pas débarquer en meute, d'avoir le temps d'évaluer le troupeau, de se réserver les positions stratégiques. On réussit à se garer, première fois que je vois quelqu'un sortir le GPS de la voiture pour se faire dicter "à 100 mètres tournez à gauche" à pied, la scène est surréaliste, d'autant qu'évidemment le GPS ne nous autorise pas les sens interdits !

1h04

Arrivée dans un bar privatisé, grande salle restaurant vide, tout se joue au sous-sol, cave voutée, murs blancs, 2m20 de plafond maximum, moquette grise ignifugée, DJ efficace, coin salon, soirée déjà bien entamée, bienvenu au royaume des "horeba".


1h07

Tout part très vite, tourbillon provoqué, rafale d'alcools forts, mémoire morcelée, fragments rapportés, mitraillette de flashs…

1h08 - 7h47

Danser comme des singes, cramer le cachet du concert, cul sec, oblique, courbes empilées, groupie lockée, jérémie catapulté, une légende de quartier, t'es riche ?, évidemment, t'as pas de voiture, j'suis généreux, exfiltrée, regards vitreux, une faim de loup, cœur de loup, putain de eye contact, ça fuit, ça bute, encore trop de mecs, dancefloor testostéronné, moiteurs, une épaule dénudée, premiers fluides échangés, haleter, rires rauques, réflexes altérés, mojito enchainés, plus vraiment de dignité mais esprit de corps, de régiment, soutien viril et le DJ se muscle, ça viendrait presque à pogoter ! 17 ans, par terre, breakdance d'escroc, Zanghourou est mort, vive Jean Guy, "Killing in the name of", tout expulser, les gars ne voient plus d'horeba, à trop les chercher, ils se sont retrouvés, dans l'ébriété c'est là qu'ils s'entendent, bourrés de talent. Merde plus de musique, regards hébétés, prendre la porte, le froid, groupe explose, trop compliqué de coordonner 10 personnes, errances bruxelloises, grand place, crier, vautrés, flics, s'excuser, rigoler un peu aussi, c'est pas la France, dernier fatigués semés, trouver un bar, vraiment trop tard, déambuler encore et encore, évidemment sans frémir, entrer, service terminé, aller pisser, parler toutes les langues de la terre, ne croiser que des amis de toujours, épicerie de nuit, bières à emporter, continuer à marcher, appartement, vautrés, chanson française, discussions apaisées, voix cassée, rideau.